Les Anneaux, Daniel Buren et Patrick Bouchain (quai des Antilles)

C'est une des œuvres la plus photographiée de Nantes, et elle le mérite. Ses 18 anneaux encadrent le paysage de la Loire en "photographies" et s'illuminent la nuit en rouge, vert et bleu : couleurs élémentaires de la lumière qui conjointent se mélangent pour créer du blanc. Elle a été créée de façon pérenne pour la biennale Estuaire, en 2007.

Ce qui m'intéresse ici, c'est le lieu autant que l'œuvre. Le quai des Antilles rappelle le passé portuaire de l'lle. Le Hangar à Bananes servait à stocker les bananes vertes arrivées des Antilles pour les laisser murir avant d'être livrés pour être vendues. Aujourd'hui c'est un des plus beau endroit de Nantes pour apprécier un coucher de soleil sur la Loire, un verre à la main.

Les anneaux évoquent ceux auxquels on amarrait les navires, et beaucoup de visiteurs y lisent aussi une allusion aux chaînes de la traite. Buren, lui, n'a jamais signifié cette dernière lecture.

Les Anneaux éclairés de nuit
Les Anneaux éclairés de nuit
Les deux « Éloges » de Philippe Ramette (Bouffay et cours Cambronne)

Deux sculptures installées pour l'édition 2018, et rendues pérennes dès octobre de la même année devant leur succès. Elles reprennent les codes de la statuaire classique, bronze sur socle de pierre.

Place du Bouffay, Éloge du pas de côté ; cours Cambronne, Éloge de la transgression, où une écolière grimpe sur un socle vide, à moins qu'elle n'en descende.

Deux détails : L'Éloge de la transgression n'est pas une création nantaise : l'œuvre avait déjà été montrée au Centre Pompidou en 2011. Et l'emplacement du cours Cambronne fait tout : au centre de la promenade trône la statue du général Cambronne, inaugurée en 1848, exactement le type de monument que l'écolière vient chahuter.

L'Éloge du pas de côté, elle, représente Philippe Ramette, l'artiste s'est auto-sculpté avec beaucoup d'humour ! C'est LA sculpture qui parle le mieux de ce qu'est devenu la ville de Nantes aujourd'hui. Une ville qui a su faire un "pas de côté" en pariant à la manière de Bilbao sur l'Art et la Culture pour redonner de la splendeur à "La Belle Endormie".

Les deux éloges encore présentes dans le parcours permanent du VAN
Les deux éloges encore présentes dans le parcours permanent du VAN
L'Évasion, les fontaines de Cyril Pedrosa

C'est une des œuvres les plus récentes du parcours permanent. Tout part des fontaines Wallace, ces fontaines vertes portées par quatre cariatides (des femmes, immobiles, portant le dôme de la fontaine). Nantes en compte cinq : deux au Jardin des Plantes, une au parc de la Gaudinière, une cours Cambronne et une place de la Bourse.

150 ans après leur création, le Voyage à Nantes a demandé à l'auteur de bande dessinée Cyril Pedrosa d'écrire une suite à la mythologie imaginée par le sculpteur nantais Charles-Auguste Lebourg. Il a conçu un récit en quatre chapitres, dans quatre lieux du centre-ville : les cariatides organisent leur évasion fatiguées d'avoir été réduites à ce rôle ingrat.

Installées pour l'édition 2024, ces quatre fontaines déroulent un récit sur l'histoire du féminisme et, plus largement, sur l'émancipation. On les trouve au jardin de la Psallette, rue des États, place Fernand-Soil et square Louis-Bureau. Les chercher dans l'ordre des chapitres fait un bon fil conducteur pour une balade en centre-ville.

Les Cariatides s'enfuyant de la dernière Fontaine Pedrosa !
Les Cariatides s'enfuyant de la dernière Fontaine Pedrosa !
Filili Viridi, Jean Jullien (Jardin des Plantes)

Au Jardin des Plantes, dans les pas de Claude Ponti, Pedro et Johann Le Guillerm, Jean Jullien, artiste Choletais, expose depuis l'été 2020 des personnages monumentaux et enfantins conçus pour ce jardin. Les quatre premiers s'appelaient la Coiffe, le Ratisseur, les Enrouleurs et l'Arroseur. Leurs structures ont été réalisées à plat, en deux dimensions, pour garder l'esprit du trait de l'artiste, comme des dessins sortis de son carnet ; certaines atteignent 3 mètres de haut et 30 mètres de long. L'Observateur, le Siesteur et le Passeur les ont rejointes à l'été 2022, pour la troisième édition de Filili Viridi, désormais pérenne.

Mon préféré reste Le Débitumeur, qui est installé sur chaque chantier de destruction des espaces artificialisés de la ville.

Jean Jullien a passé son enfance et son adolescence à Nantes. Les Nantais lui doivent aussi Le Nid, créé pour l'édition 2012 au 32e étage de la Tour Bretagne : un grand oiseau blanc, mi-cigogne mi-héron, dont le corps servait de bar. Ce bar panoramique est fermé depuis 2020.

Le Débitumeur concentré sur sa mission
Le Débitumeur concentré sur sa mission
L'Homme de bois, Fabrice Hyber (Jardin des Plantes)

Deuxième raison de s'attarder au Jardin des Plantes, et la plus récente. Installé pour l'édition 2024 et resté sur place, ce colosse de 6,09 mètres se dresse au-dessus d'un bassin, au milieu des collections botaniques du Massif armoricain.

Ce gentil géant en mousse est une sculpture conçue pour se transformer. Elle est faite de bois, et des filets d'eau ruissellent en permanence sur elle : avec le temps, la surface prend une patine naturelle que mousses et fougères viennent coloniser. Autrement dit, l'œuvre est conçue pour être peu à peu reprise par le végétal. La silhouette n'est pas inédite : elle reprend celle de L'Homme de Bessines, une figure que Fabrice Hyber, né à Luçon en 1961, a déjà installée ailleurs, notamment sur les réseaux d'eau de Bessines, près de Niort. Depuis, le jardin a complété l'ensemble avec un nouvel espace, le Jardin armoricain.

L'Homme de bois veillant sur ses grenouilles.
L'Homme de bois veillant sur ses grenouilles.
Lunar Tree, Mrzyk & Moriceau (butte Sainte-Anne)

Depuis le bout du quai des Antilles, je demande souvent aux visiteurs de lever les yeux vers la falaise de Chantenay. Un arbre blanc de 12 mètres y est accroché, inaccessible. Lunar Tree prend la forme d'un arbre mort d'un blanc immaculé ; connus pour leurs dessins, les deux artistes réalisaient là leur première sculpture, qu'ils ont pensée comme un dessin en volume dans l'espace.

L'œuvre date d'Estuaire 2012. De nuit, vue depuis la pointe de l'île de Nantes, chacune de ses branches diffuse un halo lumineux. Un cadrage simple à tenter : la voir apparaître au centre d'un des anneaux de Buren.

Le très graphique arbre blanc surplombant la ville
Le très graphique arbre blanc surplombant la ville
Le Grenier du siècle (Lieu Unique)

Sans vraiment faire partie du parcours du VAN, cela reste une curiosité fascinante.
Une œuvre que l'on ne voit pas. L'idée vient de Jean Blaise, directeur originel du Voyage à Nantes : collecter auprès des Nantais des objets de leur quotidien ou qui leur sont chers. Entre le 1er octobre et le 31 décembre 1999, 11 855 objets ont été déposés, des livres, des photos, des patins à glace. L'architecte Patrick Bouchain et l'artiste Patrick Raynaud ont imaginé une double paroi pour les accueillir. Scellé aux douze coups de minuit le 31 décembre 1999, le Grenier sera rouvert le 1er janvier 2100 à 17 heures.

J'espère que personne n'a oublié ses clés à l'intérieur !
J'espère que personne n'a oublié ses clés à l'intérieur !
Si vous poussez jusqu'à l'estuaire

Le parcours permanent se prolonge hors de Nantes avec la collection Estuaire, jusqu'à Saint-Nazaire. Trois étapes valent le détour si vous avez une journée devant vous : le Serpent d'océan de Huang Yong Ping, squelette de serpent en aluminium long de 130 mètres installé en 2012 sur l'estran de Saint-Brevin-les-Pins, dont la ligne des vertèbres répond à la courbe du pont de Saint-Nazaire ; la Villa Cheminée de Tatzu Nishi, petite maison perchée au sommet d'une cheminée à Cordemais ; et L'Observatoire de Kawamata, à Lavau-sur-Loire, au bout d'un ponton dans les marais.

Ce terrifiant serpent fait partie des oeuvres les plus vues au monde via Google maps !
Ce terrifiant serpent fait partie des oeuvres les plus vues au monde via Google maps !

En pratique :

La ligne verte se suit dans l'ordre que l'on veut, à pied ou à vélo. Hors saison estivale, les œuvres pérennes se découvrent beaucoup plus tranquillement, il y en a encore beaucoup dont je ne vous ai pas parlé dans cet article. Si vous voulez les histoires complètes et le contexte qui va avec, je propose des balades toute l'année n'hésitez pas à me rejoindre en visite !